Fêtez-vous les succès ?

Fêtez-vous les succès ? Marquez-vous le coup de vos réussites et celles de vos équipes ? Joie et fierté sont des émotions riches en énergie, vrai carburants de la motivation au travail : pourquoi s’en priver ? Pourtant, elles sont parfois consommées avec une modération qui confine à la retenue. Comme si le travail n’était pas le lieu pour l’expression d’une joie pourtant légitime, et porteuse. 

L’idée de cet article m’est venue il y a quelques semaines. Je venais d’avoir une très bonne nouvelle professionnelle. Seule à mon bureau, j’ai lâché un “YEESSSSS !” Je me sentais des ailes, l’envie de faire des bonds, de manifester ma joie.

A cet instant, j’ai eu l’image d’un.e footballeur après un but. Courant le long du terrain, les bras en avion, effectuant une petite danse ou une pose extravagante : il/elle vibre de toute sa joie, et la partage. Avant que le reste de l’équipe ne lui saute sur les épaules.

Voilà un rituel classique en football et dans d’autres sports. Et en entreprise, savons-nous fêter les succès ?Que se passe-t-il quand l’équipe commerciale remporte un contrat de haute lutte ? Que faisons-nous quand un projet aboutit, qu’un lancement se déroule bien, qu’un client renouvelle son contrat ? Se congratuler, se féliciter mutuellement voire marquer le coup : pas toujours une démarche spontanée…

Une bonne flambée de joie, c’est gratuit (et ça paye)

L’ingénieur Peter Ilott congratule une collègue,  après l’atterrissage réussi sur Mars de la sonde Mars Science Laboratory et de son rover Curiosity.  Pasadena, Californie, 5 août 2012. AFP PHOTO/Brian van der Brug/PoolBrian van der Brug/AFP/GettyImages

Autant je ne crois pas à l’optimisme forcé ni au au bonheur prescrit, autant je trouve dommage de se priver d’une énergie gratuite, renouvelable et contagieuse : la JOIE. Et sa cousine par alliance, la FIERTE, qui mêle satisfaction et estime de soi : avoir réussi quelque chose qui a de la valeur et pour lequel on a donné de soi-même.

Quand nous réussissons, quand quelque chose se passe bien, nous pouvons la ressentir.

Certes, pas aussi fort que le footballeur : il est galvanisé par la foule, dopé par l’enjeu et les regards. Sa joie et sa fierté prennent alors une dimension extra-ordinaire. Comme celle de l’équipe de la Nasa qui a réussi à poser une sonde sur Mars.

Mais nous ressentons bien parfois, cette satisfaction, cette légèreté, qui ne demande qu’à vibrer et à être partagée. 

Car la joie, comme toute émotion, nous met en mouvement. Elle nous informe d’une satisfaction importante, et nous invite à la partager autour de nous. Et c’est bien ce qui se passe quand la joie suit son cours naturel. Communiquée, elle fait du bien à son porteur et à ceux qui y sont réceptifs, elle élève leur niveau d’énergie, les met de bonne humeur, les motive. Comme au stade.

La joie, menace pour l’efficacité ?

Pourtant, cette joie liée au succès reste souvent contenue en entreprise – me semble-t-il.
Point d’effusion. Par peur d’une explosion ? D’une grande récréation ? D’une massive perte de concentration ? D’une transformation… en Charles Trenet chantant “bonjour bonjour les hirondelles” ?

Evidemment, la joie déconcentre. Enfin, un peu. Survenant en plein labeur, elle joue au chien dans un jeu de quilles. Elle perturberait alors le sérieux indispensable à la bonne marche de l’Opérationnel. Si tant est qu’il faille rester sage et sérieux en travaillant, car il paraît que certains arrivent à travailler dans la gaîté (c’est à vérifier).

Mais admettons. Combien de temps dure alors cette “perturbation” ? A quel point nous décentre-elle de nos objectifs ? Après un match victorieux et une fête digne de ce nom, l’équipe de foot se reconcentre : le tournoi n’est pas terminé, l’entraînement studieux reprend.

De la même manière, en quoi célébrer une réussite dans son service empêche-t-il les collaborateurs de se remettre ensuite sérieusement au travail ? Féliciter, se congratuler, cela mène-il tout droit au repos sur les lauriers ?

Non décidément, ce n’est peut-être pas le risque principal à fêter les succès. Cherchons ailleurs ce qui nous freine d’en faire tout un foin, de cette réussite.

Fêter les succès : des émotions inconfortables au travail ?

Tiens, et si la joie ou la fierté étaient gênantes ?
Savons-nous les accueillir, réagir quand un collègue ou un collaborateur qui partage sa joie ?

Peut-être sommes-nous dans l’embarras, faute de savoir comment répondre. Parce que nous ne sommes pas touché.e par la même émotion, nous répondons une formule convenue, sans émotion. Nous restons ainsi à distance de l’émotion (on ne sait jamais…)

Ou alors nous pouvons être mal à l’aise à l’idée de montrer notre joie. Que pourrait-il se passer ? Nous pourrions être en décalage avec les autres. Cache cette satisfaction que je ne saurais voir. Et l’auto-satisfaction est encore pire : un vrai péché d’orgueil ! Sans compter que le succès des uns peut marquer, par contraste, le manque de réussite des autres, collaborateurs ou équipes.

Nous pourrions aussi être simplement… ému. C’est-à-dire perdre le contrôle de notre image. Larmes aux yeux, air soudain jovial, comportement “bizarre” :

“- ça va François, tu as pris quoi ? [NdT : soupçon de substance illicite]”

Et voilà la douche froide des collègues un peu rabat-joie, sans doute mal à l’aise avec l’émotion du Joyeux.
Ou encore

“Détends-toi Pauline, c’est juste une mise en ligne de site web.”

Oui mais pour Pauline c’est la première. Elle y a passé la nuit, corrigeant beaucoup d’erreurs. Des raisons de se réjouir ou même d’exulter, pourquoi pas !

La joie, c’est pour les enfants…

Restons sérieux, nous sommes au travail. “Ne fais pas l’enfant”, disent implicitement les collègues de François et de Pauline. Offrons-leur la lecture du Petit Prince :

“Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: « Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux ! » et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !”
Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, 1943

Pour les Messieurs cramoisis, peut-être que joie collective – la liesse – rend fou ? Ou plus simplement, la spontanéité les dérange, elle bouscule leurs lignes du savoir-être au travail.

Fêter les succès dignement

Finalement, comment profiter d’un bon feu de joie sans risquer le brasier incontrôlable (en soi ou chez les autres ?)

Peut-être faire un gentil feu de joie, canalisé et limité dans le temps ?
Une autorisation pour chaque manager ou collaborateur concerné à lancer sa bûchette dans l’âtre et profiter des flammes qui dansent en se frottant les mains. Bien penser à l’extincteur à proximité, adapté au type de feu (feu de joie bon enfant, flambée de fierté collective, …)

Trouver une manière de fêter le succès, de le célébrer collectivement – et pas seulement entre deux portes ou en privé. Soyons fou, même : le matérialiser, pour marquer le coup. Pas besoin que cela soit spectaculaire, ni que cela dure longtemps.

Certains managers mettent en place un rituel : un restaurant avec l’équipe, ou matérialisation de l’avancée par un affichage ou une construction (en Lego, par exemple).

L’important, c’est marquer le coup, “fêter ça” d’une manière ou d’une autre.

D’ailleurs, avant la réussite, on se le promet parfois : “on fêtera ça !” Promesse d’une célébration… que l’on oublie souvent, une fois la ligne d’arrivée franchie. Mais alors, tous ces efforts, ce travail, cet engagement… pour un succès en demi-teinte faute d’avoir été suffisamment souligné ?

A vous !

  • Comment fêtez-vous les succès au travail ?
  • Sur quels critères décidez-vous de marquer le coup ?
  • Qu’est-ce que cette célébration apporte, selon vous ?

Prolonger sur le même thème :

>> Les émotions au travail

(1 commentaire)

  1. Hello Karine,
    Merci pour ce billet qui m’a fait sourire :-)
    Je crois fondamental de souligner, de fêter les succès car ces moments de détente, de joie nous apportent un beau moment émotionnel, qui entretient avec élégance une satisfaction, une fierté que nous réutiliserons.

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