Comment échapper à la suradaptation professionnelle ?

Livre Trop bon élève au travail ?Le sujet méritait bien un livre : comment se fait-on piéger par le syndrome du bon élève au travail, à toujours s’adapter aux contraintes et aux injonctions? Comment, à force de répondre aux attentes de son environnement, finit-on par s’oublier ou s’épuiser ? Travail à l’excès, stress, mais aussi frustrations et perte de sens, burn-out ou bore-out, guettent tous ces professionnels qui cherchent à bien faire dans le respect du cadre, et ne récoltent pas tout le fruit de leur investissement. Comment repérer ce mécanisme et apprendre à s’adapter d’une manière plus juste pour soi ? Trop bon élève au travail ? Savoir échapper aux pièges de la suradaptation professionnelle sort au mois de janvier chez InterEditions / Dunod.

Cet ouvrage est né de mes expériences professionnelles et de mon expérience en tant que coach systémique depuis plus de dix ans. Au travail, les injonctions à s’adapter sont multiples (changer son style, son comportement, sa manière de travailler etc.) Elles reflètent souvent des besoins des organisations ou du management. Mais certains d’entre nous ont une propension à s’y adapter et jouer le jeu plus que de raison. Un matin, dans un éclair de lucidité, ils se demandent : « Mais pourquoi est-ce toujours à moi de toujours m’adapter ? »

Bien sûr, l’adaptation est nécessaire pour vivre en société et travailler en collectif, c’est une des briques du vivre-ensemble. Mais les « trop bons élèves » ont tendance à se suradapter aux exigences, aux contraintes, à se conformer aux attentes (présumées) jusqu’à se déformer, à s’épuiser dans le travail sans obtenir la reconnaissance attendue… ou encore, à ne pas sortir du lot à force de ne pas faire de vague ! Tandis que d’autres servent leurs propres intérêts, valorisent leur travail, se placent. A l’extrême, on peut se dire, pour la blague, que…

« Tout temps consacré au travail est perdu pour la carrière »
(adage du monde judiciaire, cité par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke)

Portraits : les facettes du « trop bon élève » qui se suradapte

Livre "Trop bon élève au travail ? Attention danger ! Savoir échapper aux pièges de la suradaptation professionnelle"

Voici quelques facettes de la suradaptation au travail :

  • « Atlas », portant la voûte céleste : ceux qui pallient un manque de moyens, compensent les défaillances du système qui les entoure, et se retrouvent à tout porter (ça ne parle à personne, n’est-ce pas ? ;)
  • Le « Petit Poucet » qui se débrouille seul, en l’absence de consignes claires et de guidage ou de feedbacks sur leur travail. Autonome bien malgré lui, il se retrouve coincé et perd confiance
  • L’ « Employé modèle », qui respecte à la lettre le cadre et les consignes, s’applique pour bien faire même quand ça ne paye pas
  • Le « Cheval de course » : quand on se conforme au projet que d’autres ont pour soi, ou qu’on s’adapte à un « costume trop grand » (ou qui ne nous plaît pas)… et qu’on s’oublie en route
  • L’ « Enfant Sage » : ceux qui ne font pas de vagues, gardent la maîtrise d’eux-mêmes et de leurs émotions pour ne pas déranger
  • Le « Tardigrade » : ceux qui tiennent bon dans un environnement violent ou toxique (chef colérique, ambiance délétère, management contrôlant…)
  • Le « Shadok » : ceux qui acceptent de continuer malgré la perte de sens, l’absurdité, le manque de travail (bore-out)

La première partie du livre illustre 11 de ces facettes au travers de cas pratiques, comme autant de manières dont on peut se suradapter au travail. Chaque chapitre est nourri d’exemples, avec une lecture systémique du cercle vicieux à l’oeuvre et des clés pour prendre du recul sur la dynamique de suradaptation. Au fil des cas le lecteur découvre les grands mécanismes qui nourrissent la suradaptation : éducation, croyances et vision du monde, peurs qui poussent à se conformer aux attentes (présumées), injonctions venant de l’entreprise, de l’entourage, etc.

Co-responsabilité : des injonctions et des personnes qui s’y adaptent facilement

Il ne s’agit pas d’y voir des caractères, ou des natures immuables (même si une certaine éducation, et des traits de personnalité, peuvent encourager à se conformer aux attentes de son environnement.) Pas plus qu’il ne s’agit, d’ailleurs, d’accuser le « système », l’entreprise aux multiples injonctions, ou la pression mise par le management.

C’est plutôt une vue interactionnelle que je propose : quels sont les mécanismes systémiques à l’œuvre, quand une personne se suradapte à son travail ? Quelle la dynamique de suradaptation se met en place, face aux demandes de l’entreprise ou des clients ? Car il y a bien une boucle entre une injonction d’adaptation d’un côté, et un élan d’adaptation de la personne. Et un engrenage où la suradaptation se renforce.

Les cas pratiques de la première partie permettront à chacun de trouver des pistes pour débusquer le « trop » dans son adaptation. Et d’éclairer aussi ses raisons profondes de continuer à être flexible, engagé, souple, disponible, obéissant ou encore poli et bien élevé. Notre vision du monde, le contexte, nos engagements, beaucoup de leviers sont à l’oeuvre pour nous pousser à faire « encore plus de la même chose » même quand nous n’en retirons pas le bénéfice souhaité.

En seconde partie du livre, je propose des pistes de réflexion et des outils pour se positionner autrement : se recentrer sur soi, trouver le bon équilibre, savoir dire non, etc.

Voici maintenant quelques extraits de la première partie.

Extraits : Échapper au piège du « bon élève »

« Ce livre propose à tous les bons soldats, bonnes pâtes et autres employés modèles, des pistes pour échapper au piège de la suradaptation et mieux s’épanouir professionnellement. (…) Il permettra d’éclairer un moment de crise (« Je ne supporte plus mon chef» ou «Qu’est-ce que je fais à ce poste alors que j’ai envie d’autre chose depuis longtemps ? ») ou un point d’étape plus global, quand on sent qu’on se conforme depuis trop longtemps et que cela ne nous convient plus. Comme l’a dit une amie, «J’ai fait comme on m’a dit, maintenant je veux être moi!» »

« Je me suis rendu compte que j’étais trop bon élève quand j’ai été doublé par plusieurs collègues lors des annonces de promotions. Je pensais tout bien faire pour avoir la bonne note. Et puis j’ai vu ce collègue, par exemple, un vrai je-m’en-foutiste qui a été promu chef d’équipe. En me renseignant, j’ai compris : il avait mis en avant son travail à chaque occasion, puis harcelé son N+1 pour changer de poste. Tandis que j’attendais gentiment que mes efforts payent…»

« Les bons élèves font souvent d’excellents «numéro 2 », fiables et efficaces. Et ils se heurtent au plafond de verre quand il s’agit d’occuper des postes de direction1. Trop discrets, trop conciliants, trop loyaux ou obéissants ? Bienvenue au club de ceux qui croient que « si je fais bien les choses et que je me conforme aux attentes, tout ira bien pour moi (reconnaissance, succès, bonheur…)». Parce qu’ils ont entendu dans leur éducation quelque chose comme «Fais ce qu’on te dit et ça se passera bien. » Formatés… et trahis. »

Extrait du chapitre « Atlas » : Atlas ne demande pas d’aide

Atlas par le Guerchin« Pour mieux comprendre comment le problème s’installe, mettons-nous un instant à la place du manager de Judith. Il lui a proposé un projet ambitieux avec des moyens limités, et Judith a signé. De plus, il constate que Judith et son collaborateur font avancer le projet bon gré mal gré. Et il n’a vent d’aucune difficulté particulière. Aux yeux de ce manager, donc, tout « roule »…
Pourquoi alors changer une équipe qui gagne ? D’autant que le manager a besoin de recruter une personne pour une autre équipe sous sa responsabilité. L’autonomie de Judith l’arrange définitivement. À sa place, iriez-vous guetter des signes de fatigue chez votre collaboratrice? Judith se retrouve comme Atlas, ce Titan qui était chargé de porter la voûte céleste sur ses épaules, pour l’éternité. Elle espère être épaulée, relayée… mais ne le demande pas. Au final elle parvient, avec beaucoup d’efforts certes, à s’adapter à la situation. La question, c’est… jusqu’où? » »

Trop bon élève au travail ? Attention danger ! Savoir échapper aux pièges de la suradaptation professionnelle est paru le 20 janvier 2021 chez InterEditions
Présentation et extrait sur site de Dunod

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5 Commentaires

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    • Aurelia sur 19 janvier 2021 à 13 h 01 min
    • Répondre

    Merci, Karine.
    Je lis votre blog depuis longtemps, et je me sens toujours connectée aux messages que vous transmettez, au choix des mots, aux expériences décrites dans vos articles. Lorsque j’ai pris connaissance de quelques extraits du livre « Trop bon élève au travail ? Attention danger », je me demandais si nous nous connaissions ! Ce livre était écrit pour moi, je pensais voir mon prénom entre les lignes. Evidemment, il est en précommande et j’ai hâte de le découvrir.
    J’enfreins mon côté timide aujourd’hui pour rendre publique ma gratitude envers vous, et je vous encourage à continuer pour faire naître en nous, vos lecteurs, des pensées qui deviendront des mots, puis des actions. Merci, Karine !

    1. Bonjour Aurelia, merci de votre commentaire, vous ouvrez la voie ! Je suis touchée que les premiers extraits du livre fassent écho pour vous. Il m’arrive de tomber sur des ouvrages où je me reconnais avec surprise, cette fois me voilà de l’autre côté du miroir (Enfin pas complètement, en fait je suis une ancienne « trop bonne élève » de l’entreprise, moi aussi ;)
      Est-ce dans le rôle d’Atlas que vous vous êtes reconnue en particulier ? Je serai ravie d’échanger avec vous sur cette thématique. Le livre sort demain, 20 janvier, en librairie.

        • Aurelia sur 19 janvier 2021 à 15 h 13 min
        • Répondre

        Touchée ! C’est bien Atlas ;-)

    • Muriel sur 20 janvier 2021 à 10 h 08 min
    • Répondre

    A précommander d’urgence ! Merci Karine pour vos écrits !
    Membre d’une équipe »parent pauvre » d’une structure ayant fait l’objet d’un PSE il y a 5 ans, nous étions 8 à naviguer à vue pendant 1 an pour finalement échapper au PSE. Mais nous avons du coup fait face au vide et au silence pendant 2 ans, sans management ni rattachement autre qu’administratif, sans services supports, fidèles à nos clients, donnant régulièrement au Groupe des signes de vie, des offres de réunions, de point d’activité, de services… sans réponse jusqu’à un message où nous faisions état d’une nom mise à jour de nos rémunérations depuis 2 ans, en dépit d’une grille ayant évolué. C’est là qu’on mesure le rôle de la cohésion d’équipe pour donner du sens, remotiver etc… Au fil de l’eau, de 8, nous ne sommes plus que 2. Nous avons désormais un manager, qui subit sans doute aussi notre rattachement, qui fait un tout autre métier que le nôtre, qui pense de temps en temps à nous tenir informés des avancements d’un projet serpent de mer pour lequel d’autres décident pour nous sans toujours nous consulter, encore moins nous écouter. .. Bref, il est grand temps de prendre le temps d’un point personnel pour passer à autre chose, parce que franchement, pourquoi quoi que ce soit changerait enfin? Même pas sûr que si nous abandonnions nos postes, qui que ce soit s’en rendrait compte rapidement. Et on pourrait nous remplacer par des débutants peut-être, mais qu’on payerait tellement moins, pour une mission recentrée sur de l’opérationnel, que le jeu en vaudrait sans doute la chandelle, indépendamment de tout sens…

      • Karine sur 25 janvier 2021 à 10 h 32 min
      • Répondre

      Bonjour Muriel,
      En effet, quelle épopée… Un doux mélange de Petit Poucet, d’Atlas, de Tardigrade… Votre récit me fait penser au lien entre l’adaptation et l’espoir que ça change, dont je parle dans cet article :
      https://kolibricoaching.com/le-changement/quand-espoir-freine-le-changement-1-en-attendant-godot/
      Vous avez raison, dans ces situations une prise de recul peut aider à faire le point. En sortant le nez du guidon, on peut alors faire le point sur le résultat de ses efforts d’adaptation aux exigences de son environnement. Payent-ils ? Ont-ils une chance de payer bientôt ? Quel est le retour sur notre investissement ? A chacun de tirer sa conclusion, selon ce qu’il recherche. Et de voir, si besoin, quels changements sont possible pour le « trop bon élève » qui ne s’y retrouve plus.

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