Impossible, vraiment ? L’art de créer sa chance

casquette« On n’est pas à l’abri que ça marche ». Vous connaissez sans doute cette expression, amusante collision entre l’optimisme et le pessimisme. Elle introduit bien l’histoire qui suit, une nouvelle aventure après celle du sauvetage d’une véliplanchiste en détresse : cette fois-ci, c’est une affaire de casquette perdue en mer, un vrai défi à relever dans une mer agitée.

Une casquette à la mer

« Ma casquette ! Oh non, ma casquette ! » Pierre, notre skipper, est penché par-dessus bord à tribord et semble regarder le long de la coque. Nous marchons à 6 nœuds (11 km/h), avec un vent fort. Pierre était à l’avant du pont, occupé à replier une voile, quand une rafale a arraché sa casquette à laquelle il faisait pourtant très attention.

Nous regardons tous à tribord, point de casquette. Et dans notre sillage ? Rien non plus… ça alors… Pierre a alors l’idée de regarder à bâbord… et aperçoit sa casquette à 50 m du bateau. « Elle est là ! » Elle a l’air de flotter. Mais non on dirait qu’elle coule… Ah non peut-être qu’elle flotte, bref, nous décidons d’essayer de l’attraper. Pierre tient beaucoup à cette casquette PATAGONIA orange et blanche qui lui a été offerte à Noël dernier. Il la porte tout le temps au point qu’un de ses collègues lui a dit qu’il ne l’avait jamais vu sans sa casquette ! Et l’idée de laisser un déchet en mer, en plus… Non, il faut qu’on la retrouve !

Opération sauvetage dans la grande bleue

Immédiatement Pierre lance « on va la chercher ! » Le problème c’est que nous avons encore la grand-voile à affaler et le moteur à allumer, pour manœuvrer plus facilement. Tout cela va prendre plusieurs minutes et surtout, nous éloigner du lieu présumé où la casquette se trouve. Alors pendant ce temps, je fixe des yeux la casquette pour ne pas la perdre de vue, comme on fait avec un homme à la mer, tandis que le bateau change plusieurs fois de direction (face au vent pour affaler, puis cap vers la casquette).

Voilier en merAu début c’est assez facile mais plus le bateau s’éloigne de la casquette et plus j’ai du mal à la repérer, tout petit point sur l’eau, surtout que la mer est un peu formée : les crêtes des vagues masquent ce qui se trouve derrière. La grand-voile est affalée, nous prenons la direction que j’avais indiquée. Mais en naviguant vers la zone, impossible de revoir la casquette… on a l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin ! Une minuscule casquette sur l’immensité bleue et blanche, sur ce tapis mouvant aux reflets multiples et trompeurs.

Pierre décide de faire demi-tour, nous remettons le cap vers le port de Cavalaire. Pour moi à cet instant, nous abandonnons : nous quittons la zone où la casquette devait se trouver, d’après mes estimations. Et en plus, rien ne dit qu’elle flotte toujours ! Après tout, nos chances étaient minces dès le départ ; tant pis, on remplacera cette casquette, ça arrive.

Deus ex machina, ou efforts récompensés ?

Nous avançons vers le port, et à un moment mon petit neveu, 8 ans, pointe son doigt sur tribord et crie : « Elle est là !!! » » Un frisson parcourt le pont, tout le monde scrute la mer. Effectivement, à environ 50 m sur tribord flotte un objet orangé qui ressemble vaguement à une casquette ! Pierre ne veut pas se réjouir trop vite mais s’empare de la gaffe (tige téléscopique avec un crochet), fait pivoter le bateau et nous rapproche de l’objet flottant.

Vient le clou du spectacle : Pierre crochète l’objet au premier passage, et quand il le hisse hors de l’eau, on reconnaît la casquette ! Cris de joie et applaudissements. Pierre est tellement content. Plusieurs d’entre nous sommes incrédules : comment est-ce possible, qu’est-ce qu’elle faisait là ? Et quelle chance de l’avoir retrouvée !

Même après réflexion nous ne comprenons toujours pas comment elle a pu se retrouver dans cette zone alors qu’elle aurait dû dériver dans une autre direction avec le courant. Les esprits les plus logiques butent sur cette conclusion : ce n’est pas possible… Alors ils voient ce dénouement très inattendu comme un « deus ex machina » au théâtre : le signe d’une intervention quasi divine. 

Comme un homme à la mer

Si cette histoire nous a fait ressentir à tous à quel point une manœuvre d’homme à la mer était à prendre très au sérieux, on peut en retirer d’autres apprentissages.

D’abord, leçon n°1 : les bonnes surprises existent.

La casquette de Pierre flottait bien, probablement parce qu’elle est à moitié en filet de pêche recyclé.
« Comme une aiguille dans une botte de foin… », voilà ce que nous nous sommes dit au moment où nous avons perdu de vue la casquette qui dansait sur la crête des vagues, de plus en plus loin. Et pourtant, la partie n’était pas finie.

« Je me suis souvent émerveillé de la limite imperceptible qui sépare le succès de la faillite et du rebondissement soudain qui change un désastre apparemment certain en une réussite relative. »

écrit Ernest Shackleton dans l’Odyssée de l’Endurance.

Leçon n°2 : dans un collectif, on peut compter sur les plus pugnaces, ceux qui n’abandonnent jamais

Si certains baissent les bras parce qu’ils n’y croient plus, d’autres poursuivront l’effort. Et ce n’est pas qu’une question de personnalité, c’est aussi une histoire de contexte, de bonne forme, de motivation, d’enjeu personnel. Ce rôle de l’Opiniâtre est essentiel car parfois, y croire, c’est faire arriver les choses, comme avec cette casquette.

Le psychologue Richard Wiseman s’est intéressé à ce qui différencie un « chanceux » d’un « malchanceux ». C’est bien sûr une question d’attitude face à son environnement. Dans son livre The Luck Factor, Wiseman relate une expérience : on dépose un billet de 5 livres par terre devant un bar, et les participants à l’expérience doivent entrer dans le bar. Ceux qui se disent chanceux le remarquent et le prennent, ceux qui se disent malchanceux passent à côté.

Autrement dit, on repère mieux les opportunités quand on pense qu’il y en a ! Avez-vous noté, lors de balades en forêt, que certains (pas plus experts que vous en cueillette) tombent plus souvent que d’autres sur des fraises des bois ou des framboises sauvages ?

Persuadés que nous n’avions aucune chance de retrouver la casquette, nous aurions très bien pu passer à quelques mètres sans la voir !

Leçon n°3 : ouvrir son regard, chercher aussi dans les directions les moins « logiques »

La casquette est réapparue à une position qui défie les lois maritimes… A moins que notre perception n’ait été faussée. Alors, quand on cherche en vain une solution à un endroit, faire un pas de côté et penser autrement est souvent payant. C’est la philosophie de nombreuses approches en créativité, et de l’approche systémique de Palo Alto.

Et vous, que vous inspire cette histoire ?

4 Commentaires

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    • Karine Gillot sur 22 octobre 2021 à 12 h 05 min
    • Répondre

    Ça alors, Alix, je te retrouve sur le blog de Karine Aubry ⛵ . Merci Karine pour l’expérience et la casquette qui « défie les lois maritimes. J’adore

      • Karine sur 3 novembre 2021 à 20 h 29 min
      • Répondre

      Merci Karine ! Je me doutais que ça allait te plaire ;)

    • BERNARD-BORDES ALIX sur 20 octobre 2021 à 22 h 12 min
    • Répondre

    Très inspirante, comme toujours… j’aime beaucoup le point sur « chanceux malchanceux » !
    merci

      • Karine sur 21 octobre 2021 à 13 h 27 min
      • Répondre

      Merci Alix ! Quand on se croit peu chanceux, on peut s’amuser à observer sur 1 ou 2 jours quelles petites choses favorables nous arrivent, qui contredisent cette théorie. « Pour un malchanceux, c’est marrant, il m’arrive quand même ceci ou cela sans que j’aie rien fait / ou / alors que c’était mal parti pourtant ». Notre regard sur la « réalité » est finalement aussi, en partie, un choix.

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