Ce que le stress nous dit

Vous commencez votre présentation devant le CODIR et votre ordinateur redémarre pour mise à jour. Vous rentrez de congés et ouvrez votre messagerie : 457 emails, et tout le monde vous attend avec impatience. Ou encore, la date de lancement approche et votre produit n’est pas prêt du tout… Dans ces situations, nous sommes nombreux à ressentir la pression ou un stress, variables selon les personnes et le moment. Pollution inutile ou signal instructif pour mieux s’adapter à la situation ? Les récents travaux en neurosciences nous aident à faire bon usage de notre stress.

Stressé un jour, stressé toujours ?

Le stress est une réaction qui se manifeste quand nous nous sentons en danger. Les animaux le ressentent aussi : le cheval cesse de brouter et lève la tête pour regarder dans la direction où il a perçu un bruit. Jean-Luc laisse un blanc dans sa conversation téléphonique avec Anouck quand il voit dans son agenda deux rendez-vous importants pris à la même heure, par erreur.

Mais comparé à l’animal, l’humain moderne part avec un handicap. En effet le cheval, après avoir identifié l’origine du bruit (deux enfants qui jouent dans les herbes hautes), retourne à son herbe et à son état initial de calme. Tandis que chez l’humain au travail, le stress peut davantage s’installer, devenir un état chronique avec des conséquences néfastes sur sa santé. C’est le cas lorsque nous régulons mal cet état particulier.

Mieux comprendre le stress pour le réguler

Les travaux des neurosciences ces dernières années nous ont beaucoup appris sur le stress et la manière de le réguler. Et notamment ceux de Jacques Fradin, auteur de l’Intelligence du stress (Eyrolles, 2008).

Que nous disent ces travaux ? Que le stress apparaît quand la situation nous échappe. Plus exactement, le stress survient quand nous sentons que nous ne maîtrisons pas la situation ET que nous poursuivons avec la même approche.

Un exemple :

C’est ce moment où votre voiture est prise dans un bel embouteillage, que l’école de votre fille ferme dans 20 minutes, et que vous vous agitez sur votre siège. “Alleeeeez ! C’est pas possible ! (Souffle) Toujours le même chose dès qu’on supprime une file… “
Pour le moment vous n’avez pas changé de stratégie, vous comptez arriver à temps. L’heure tourne, la fenêtre se resserre, c’est tendu puis cela devient vraiment compliqué, vous essayez de ne pas regarder l’heure, vous vous dites qu’une fois que le bouchon se débloquera vous serez à 7 minutes de l’école, que parfois la directrice de l’établissement garde quelques enfants après l’heure etc.
Mais le stress vous ronge, à cet instant vous avez mal au ventre, votre corps est tendu, et c’est un déluge d’hormones dans votre sang.

Change d’approche !

Selon Jacques Fradin, ce qui maintient voire aggrave le stress dans cette situation, c’est que nous restons dans une même stratégie (ici, arriver à l’heure malgré le bouchon) alors que manifestement, elle risque de ne pas payer.

Le stress est alors un signal : il nous indique que nous abordons la situation de manière contre-productive. Une partie de nous est en train de nous crier :

“trouve une autre solution, tu vois bien que ça ne passe pas !”

D’ailleurs, le stress s’atténue quand nous trouvons une meilleure stratégie : voyant que vous n’arriverez pas à l’heure, vous appelez la mère d’un petit copain de votre fille pour lui demander si elle peut prendre votre fille. Elle répond (ouf !) et accepte (ouuufff…) : elle s’en occupe, vous respirez à nouveau.

En situation de stress, il s’agit donc de changer d’approche. De sortir de notre mode automatique, et d’activer la partie pré-frontale de notre cerveau, celle qui pense les choses complexes et nouvelles, notre part créative.

Jacques Fradin a créé un modèle très riche autour du stress, notamment avec la “gestion des modes mentaux”. Dans cet article je vous propose l’un de ses outils, simple et immédiatement applicable, que j’utilise souvent en coaching : la pyramide moyens/exigences.

La pyramide moyens / exigences

Quel est le point commun entre les situations qui suivent :

  • Catherine pilote une réponse à appel d’offres avec l’équipe technique et le pôle juridique. Le dernier délai pour poster le dossier sur la plateforme du client est dans 2 heures. Elle vient seulement de recevoir les éléments, il faudrait être 2 ou 3 personnes pour traiter toute l’information…
  • Laurent vient de prendre un poste de manager, son prédécesseur était très apprécié, il veut mettre en confiance l’équipe rapidement… il faut qu’il soit aussi bon… alors qu’il débute ! Etre un clone alors qu’il est différent ? ;)
  • Joanna doit mener 8 entretiens annuels d’ici 15 jours alors que son agenda est déjà plein… Comment faire pour tout assurer ?

Point commun dans ce que vivent ces 3 personnes : un équilibre défavorable entre les moyens à leur disposition, et l’exigence qu’ils se donnent (certes, héritée de l’exigence de leur environnement, hiérarchie etc.)

C’est ce que Jacques Fradin a représenté sous la forme de la pyramide Moyens – Exigences.

Je cite l’auteur :

« A gauche une pyramide à l’envers, avec très peu de moyens et beaucoup d’exigences (qui nous mettent sous pression) : ça ne tient pas debout ! Notre intelligence préfrontale le sait et nous avertit par une réaction de stress, qui risque de nous fragiliser encore plus, sauf… si nous mettons la pyramide à l’endroit, en mettant en place plus de moyens personnels […] et en réduisant nos exigences, également personnelles. Résultat : une plus grande adaptabilité.  » Jacques Fradin, l’Intelligence du stress, Eyrolles, 2008

Cela vous rappelle peut-être des situations ? Comme travailler en sous-effectif,  ou garantir des ventes croissante malgré une concurrence accrue ou un marché qui se tasse, ou bien s’assurer que le client (stratégique) ne se rende pas compte que l’équipe a livré une version buguée du site… Ou encore, faire une présentation fluide sans avoir relu les diapos fournies par le collègue qu’on remplace.

Comment utiliser la pyramide moyens / exigences

L’idée est de passer d’un équilibre douloureux à un équilibre vertueux,
en 4 étapes :

  1. Choisir une situation où l’on ressent du stress et dessiner sa pyramide :
    Exigence :
    Quelle exigence ai-je maintenue jusque là dans cette situation ? En termes de résultat, d’ambition etc.
    Moyens :
    Et pour cela, de quels moyens je dispose actuellement ?
  2.  Identifier la forme de sa pyramide.
    Est-elle sur une base solide ou sur un socle fragile ? Comment est son sommet ?
    Constater le déséquilibre entre ses moyens et ses exigences :
    exemples :
    – je veux absolument atteindre les objectifs avec l’équipe malgré 2 départs non remplacés.
    – je dois avoir ce train qui part dans 24 minutes alors que je suis coincé dans un métro à l’arrêt, à 20 minutes de la gare.
  3. Agir sur le sommet (Exigence) :
    Renégocier avec soi-même et peut-être les autres, les objectifs / attentes / exigences.
    Exemples : revoir l’ambition du projet, accepter de lancer une première version du produit sans toutes ses fonctionnalités, prévenir sa direction que les objectifs ne peuvent être atteints à équipe réduite, prioriser et reporter une partie des tâches, accepter de dégrader la qualité faute de délai supplémentaire etc. Ou parfois, changer d’objectif (prendre le train suivant).
  4. Elargir les moyens

Renégocier avec soi-même et peut-être les autres, les moyens / ressources dont on dispose pour réaliser l’objectif.
Exemples : se donner un délai supplémentaire,
déléguer ou sous-traiter,
obtenir des moyens supplémentaires humains, matériels, logistiques…

Cela suppose de prendre un recul sur l’équilibre de la situation, d’accepter qu’on n’y arrivera pas comme ça, et de changer de stratégie. Assurer autrement, pour mieux assurer !

Pourquoi restons-nous dans le stress ?

Mais au fait, pourquoi avons-nous tendance, sous stress, à persévérer dans la douleur ?

Voici quelques facteurs parmi d’autres :

Mode automatique [ON]

Nous fonctionnons souvent en mode automatique, comme une mouche qui vient taper la vitre plusieurs fois avant de sentir un courant d’air qui la guide vers la sortie.
Vous avez, c’est l’effet “nez dans le guidon”, et la fuite en avant que provoque la pression au travail.

Lâcher, moi ? jamais !

Nous voulons aller au bout, par fierté personnelle ou parce que c’est dans notre culture, nos valeurs. “Je dois aller au bout” “Je dois y arriver coûte que coûte, et par moi-même.”

On travaille mieux sous pression ?

Nous croyons que le stress est sain ou inévitable, qu’il est normal de faire sous tension, voire que cela nous rend plus efficace.

« Tant l’homme que l’animal ont une tendance fatale à s’accrocher aux solutions qu’ils connaissent. Ces solutions étaient sans doute les meilleures ou les seules possibles à un moment donné, mais on continue à les mettre en œuvre alors que les circonstances ont changé et les ont rendues inopérantes. A cet instant, la solution devient le problème. » Paul Watzlawick

Quand c’est tendu, se donner du mou

Quand nous “stressons”, c’est que nous maintenons notre objectif d’y arriver tout en ressentant confusément que c’est “tendu”. Nous voilà sous pression. Et vous savez le pire ? C’est que la pression nous empêche de trouver une meilleure approche : voilà un cercle vicieux.

Certes, se donner du mou ou du confort peut être mal vu en entreprise :
“Tu t’es pris de la marge !”
“Une ressource en plus ? Mais enfin, c’est du luxe !”

Pourtant, c’est bien en lâchant quelque chose que nous pouvons rééquilibrer l’équation, et sortir du stress improductif.

Parfois c’est une permission donnée par quelqu’un d’autre, qui nous aide.

Un collègue qui vous veut du bien vous aide à relativiser “Si tu envoies la proposition demain matin c’est pareil, ils ne vont pas la lire ce soir… Profite de ta soirée pour décompresser !”

Le responsable RH vous rassure à la machine à café : “Tu sais ton poste fonctionnait à l’origine avec une équipe de 6. Tu n’as plus que 4 personnes dont 2 juniors qui montent en compétences : tu ne peux pas arriver aux mêmes résultats”.

Votre coach vous questionne : “Et vous voudriez garder motivée une équipe à qui la direction demande de faire +40% sur l’objectif à moyens égaux, malgré ses alertes répétées ?”

Conclusion

Qu’elle vienne d’un tiers ou de vous-même, cette permission de faire autrement, c’est une manière de vous adapter au contexte dans lequel vous faites votre travail.

Quand le stress survient et devient invalidant, un pas de côté s’impose, à l’ombre de la pyramide, pour en redessiner la forme et la rendre plus écologique… et plus porteuse de résultats.

Prolonger votre lecture :

> Persévérer ou lâcher prise ?

> Souvent ric rac ?

> Sortir du cadre, un jeu d’enfant ?

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