Action ! Eloge de l’expérimentation

Cet article est dédié à tous les hésitants, ceux qui doutent et redoutent, les tourmentés du premier pas, les angoissés du j’y-vais-j’y-vais-pas, les perfectionnistes et autres scrupuleux, mais aussi aux rêveurs qui caressent un plan sur la comète pour ensuite tomber des nues… bref, tous ceux qui ont du mal à passer à l’action, et restent trop souvent à leur goût, au stade de la réflexion.

Ce n’est pas une boutade : la meilleure manière de passer à l’action, c’est d’agir. Nous pouvons chercher longuement le bon moment, la bonne manière, en vain. Plus nous y pensons, moins nous trouvons le bon élan, car la part de nous qui doute a le chic pour repérer le moindre obstacle… réel ou imaginaire.

Certains d’entre nous aiment penser leurs actions avant de foncer (dans le tas). Un esprit stratégique, un talent pour anticiper, c’est utile ! Sauf quand cela empêche de basculer dans l’action pour mettre en place ce à quoi l’on a si bien réfléchi.

Alexia voudrait se lancer

Alexia souhaite changer de métier après 8 ans comme consultante informatique. Elle voudrait proposer des accompagnements en coaching agile (auquel elle est formée). Depuis 6 mois elle se trouve au point mort, ce qui l’inquiète car elle voit beaucoup de coachs agiles se lancer. Elle se pose mille questions autour de ce thème :
Doit-elle se lancer en auto-entrepreneur ou bien chercher un CDI dans un cabinet ?
Quel est le bon statut ?
Sera-t-elle capable de trouver des clients ?
Saura-t-elle se discipliner en étant indépendante, avec toute cette liberté ?
Quels sont les critères de recrutement d’un coach agile ? A-t-elle le niveau suffisant ? Etc.
Pour le moment, elle est toujours salariée et consultante informatique. Faute d’avoir trouvé des réponses suffisamment rassurantes pour oser se lancer.

Ma question en tant que coach est : comment Alexia fait-elle pour avancer vers son objectif, et est-ce que cela fonctionne ? Comment l’aider à trouver une autre manière d’aborder ce changement, ou de revoir son projet ?

En écoutant Alexia raconter ses démarches, quelque chose saute aux yeux : elle réfléchit beaucoup, elle cherche à avoir les réponses avant d’avoir agi et cela ne l’aide pas à avancer comme elle le voudrait.

Alexia va nous montrer que nous pouvons réfléchir autrement : par l’action.

Réfléchir… par l’action

“Et la réponse à ces questions, où les trouver, d’après vous ?” “Sont-elles toutes dans votre tête ?” Alexia sourit. “Non il faudrait que j’aille me renseigner vraiment.”

Effectivement, nous sommes mal renseignés, là-haut. Nos croyances, nos interprétations, notre construction de la réalité, nous donnent une vision très biaisée de notre environnement. C’est une évidence que nous oublions ! Et si nous agissions pour mieux réfléchir ?

Le réflexe de réfléchir

De l’extérieur, c’est frappant. En écoutant mes clients, je note souvent des phrases comme “Je me demande ce qu’il en pense”, “Est-ce qu’ils seront d’accord avec cette proposition ? Est-ce que ce n’est pas trop cher ?” ou bien “Je crois que je suis le seul à avoir cette conviction dans l’entreprise”, ou encore

“Est-ce que mon mode de management convient à l’équipe ?”

Ils sont en train de réfléchir, en utilisant leur tête au lieu de chercher une information dans leur environnement. (Je vous rassure : nous sommes nombreux à le faire !)

Réfléchir : étymologiquement, le mot contient l’idée de retour en arrière, donc vers soi, sur soi. Réfléchir c’est se recentrer sur soi-même pour examiner un sujet. Bien utile pour faire le point, cette démarche devient contre-productive quand les réponses sont plutôt à l’extérieur de soi.

Ces réponses sont-elles dans votre tête ?

Imaginez un athlète qui prépare son saut à la perche à une hauteur qu’il n’a jamais testée, avec une nouvelle perche. Imaginez qu’il passe des heures à réfléchir à cette perche, comment elle réagira, comment elle pliera, avec quelle détente, comparé à sa perche précédente, et comment son corps réagira… Absurde ? C’est pourtant à peu près ce que nous faisons chaque fois que nous réfléchissons avec la tête quand nos pieds et nos mains seraient de bien meilleur conseil.

Passer à l’action : rencontre avec le réel

Réfléchir par l’action, c’est se mettre en mouvement et aller interroger son environnement, plutôt que sa tête. Ce n’est pas encore réaliser ce que l’on a en tête, mais vérifier le réalisme de ce que l’on imagine.

Quelques exemples :

Stéphane a tout prévu, mais…

Stéphane veut quitter son emploi et prévoit une rupture conventionnelle. Son plan semble bien pensé : rupture conventionnelle d’ici 3-4 mois, formation pour renforcer ses compétences techniques, recherche d’une nouvelle mission… Seulement, quand il évoque son programme avec son manager, surprise, la rupture conventionnelle n’est pas du tout dans les plans de l’employeur. Stéphane va devoir faire autrement.

Camille voudrait se former, mais…

Camille est consultant en communication. Il se rend compte qu’il aurait besoin d’une formation en marketing digital. Mais il ne peut pas se payer de formation. Alors il réfléchit à d’autres moyens de se former… Il cherche. Jusqu’à ce qu’il échange avec un collègue au sujet de sa difficulté. Le collègue s’exclame : “Mais tu as forcément des financements, tu cotises depuis plusieurs années”. Camille appelle l’OPCO, qui lui confirme qu’il prend en charge une formation à hauteur d’une somme suffisante pour son projet. Voilà qui change la donne !

Kath compte sur sa collaboratrice…

Kath dirige une agence d’événementiel et prévoit de faire monter sa meilleure collaboratrice pour devenir son bras droit, avec des parts de la société. Elle est confiante, cette collaboratrice est motivée et a fait part de son envie de progresser. Problème : Kath a fait des plans pour l’année prochaine en comptant sur cette nouvelle organisation, elle l’annonce tardivement à sa collaboratrice qui refuse la promotion car elle ne souhaite pas prendre de telles responsabilités. Elle reproche à Kath d’avoir « écrit l’histoire toute seule ».

Ces exemples nous montrent l’intérêt de vérifier au plus tôt quand on fait des plans, si ce que nous prévoyons est possible.

Car quand nous allons vérifier et chercher l’information sur le terrain, dans la vraie vie, auprès de vraies personnes, nous avons de grandes chances de trouver des différences avec ce que nous avions projeté. Des portes d’ouvrent alors, et d’autres se ferment. Autant le savoir !

Action : aller chercher du Feedback

Parmi les informations que brasse notre cerveau, dans la phase de réflexion, il y a aussi des doutes sur notre capacité à agir et sur nos réactions dans un contexte nouveau.

Comment serai-je face à mes prochains recruteurs ? Serai-je capable d’expliquer mon parcours ? Saurai-je me discipliner, dans mes journées d’indépendante sans patron derrière moi ?
Comment serai-je, comme formateur, comme orateur, comme bras droit, comme chômeur ?
Vais-je réussir ?

Là encore, une partie des réponses est dans l’expérience, dans la rencontre avec le monde autour de nous. Dans ce que les cybernéticiens ont appelé : le Feedback.

Sortir du simulateur, et passer à l’action en vrai [*frisson*]

Remettre le mental à sa place de simple conseiller

Le feedback, c’est le retour que nous obtenons par nos actions. C’est la réponse que nous donne le Monde autour de nous quand nous l’interrogeons, de différentes manières comme :

  • Agir, faire un premier pas
  • Poser des questions à d’autres
  • Vérifier ce que veulent / pensent / ressentent nos interlocuteurs
  • Expérimenter quelque chose de nouveau
  • Vivre des expériences
  • Oser, faire preuve d’audace
  • Et bien sûr au passage, agir malgré l’appréhension ou la peur

Aller éprouver, expérimenter, c’est par exemple :

  • Demander à ses collaborateurs si la manière de travailler ensemble leur convient
  • Envoyer sa proposition commerciale et échanger avec le client pour avoir son retour
  • Faire l’essai d’un nouveau comportement et noter ce que cela crée de différent
    etc.

C’est une philosophie de l’essai-erreur et de l’empirisme, qui remet le mental à sa place de simple conseiller… simple et faillible.

Le premier pas qui coûte

Il y a bien sûr une part de risque à passer à l’action, à sortir du simulateur. Le « crash » n’a pas les mêmes conséquences. C’est un point que nous prenons au sérieux, nous les coachs. Nous accompagnons nos clients à anticiper les conséquences de leur passage à l’action.

Mais le risque principal, la plupart du temps, c’est de vivre un moment d’inconfort. Quand réfléchir revient à éviter le danger, passer à l’action et expérimenter c’est justement se confronter au réel. Plus l’on a tardé à le faire, plus on a réfléchi longtemps, et plus cette confrontation peut impressionner. Comme dans l’expression “je dois prendre le taureau par les cornes”.

Alors une fois prévus ces risques et inconforts,
Une fois acceptée l’idée de faire une erreur,
il reste à agir avec un premier pas. Une façon de se jeter à l’eau après en avoir vérifié la température et s’être préparé à l’éventuel choc thermique.

Vous avez peut-être vu cette vidéo tournée dans un ascenseur, avec l’histoire d’amour qui embrase deux timides ? A regarder jusqu’au bout, avec le slogan “Step out of your head” (Sortez de votre tête !).

Action est mère de confiance en soi

Pour conclure, je laisse à Charles Pépin (auteur des Vertus de l’échec et de la Confiance en soi) le mot de la fin, ou plutôt du début :

“N’ayez donc pas confiance en vous :
ayez plutôt confiance en tout ce que votre action est capable de créer en vous offrant un point de contact avec le monde,
ayez confiance en ce qui dépend de vous comme en ce qui n’en dépend pas,
ayez confiance en la réalité que votre action est déjà en train de remodeler,
ayez confiance en la chance que votre action peut provoquer,
ayez confiance en ces hommes et femmes que vous rencontrerez.”
Charles Pépin, La Confiance en soi, Allary Editions, 2018

 

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